Le Messie de Händel, nouveau défi pour Nathalie Stutzmann et Orfeo 55

Resmusica.com | Pierre Degott

© Simon Fowler

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D’évidence, Nathalie Stutzmann est un chef qui a une vision. Non contente de diriger avec sa minutie et sa précision coutumières, elle communique à l’ouvrage une fluidité et une respiration qui manquent parfois à certaines lectures plus raides et plus crispées. Les chœurs fugués, notamment, y gagnent en lié et en souplesse. Optant pour des tempi plutôt rapides, au risque de désacraliser une œuvre que la tradition a souvent traitée avec une certaine solennité excessive (…), elle confère à cet oratorio une fraîcheur qui lui a parfois fait défaut. Particulièrement à l’aise dans la jubilation presque naïve de la première partie, centrée autour de la Nativité, elle insuffle à ses choristes et ses instrumentistes des accents déchirants pour la deuxième, celle consacrée à la Passion. La troisième partie, qui traite de la résurrection, de la rédemption et de la vie après la mort, résonne avec une sincérité et une sérénité hors du commun. L’œuvre a rarement paru aussi courte…

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Ogresse et funanbule

Forum Opéra | Bernard Schreuders

STUTZMANN - Haendel Heroes from the shadowsNathalie Stutzmann a jeté son dévolu sur des numéros majoritairement créés par des contraltos féminins, parfois très profonds, auxquels elle apporte une assise généreuse et cette plénitude dont falsettistes et mezzos clairs les privent trop souvent. En outre, elle semble avoir également privilégié la diversité des affects et des climats, du désespoir le plus noir à la plus délicieuse des tendresses (« Per che mi nasca in seno »). Là où d’autres solistes se seraient emparés de l’air de bravoure avec trompette de Claudio « Con tromba guerriera » tiré du rare Silla (1713), notre musicienne a préféré l’intimité de sa déclaration d’amour, simplement accompagnée au théorbe, « Senti, bell’idol mio ». Autre choix singulier : l’impétueux « Se l’aure che spira », transposé d’un ton pour une reprise de Giulio Cesare en 1730 au cours de laquelle Haendel le destinait à la veuve de Pompée campée par le contralto Antonia Merighi. Nathalie Stutzmann pouvait-elle résister au plaisir de nuancer ainsi le portrait trop univoque de cette pleureuse de Cornelia qui, nous confiait-elle, lui a toujours paru si déprimante ? Pas plus qu’elle ne pouvait résister à celui de retrouver, quatre ans après un mémorable concert à Pleyel autour de la Cléopâtre de Cecilia Bartoli, le Sesto gracile et délicat de Philippe Jaroussky pour une version étonnamment sobre de « Son nata a lagrimar ».

Au-delà du programme, l’art et la manière demeurent, eux aussi, éminemment personnels. Ces contrastes exacerbés, par exemple, entre des graves charbonneux et décomplexés et des aigus murmurés sur le fil, ne feront probablement pas l’unanimité. C’est qu’il y a de l’ogresse comme du funambule chez Nathalie Stutzmann, prête à toutes les métamorphoses pourvu qu’elles servent l’essentiel : l’interprétation. Puissamment incarnée (« Voi che udite il mio lamento ») ou, au contraire, subtilisée, poétisée (« Non so se sia la speme » où affleure le souvenir de Paul Esswood), la plainte se renouvelle et nous captive, parce que l’artiste se l’approprie avec une acuité dramatique remarquable. Dans sa tessiture, bien peu poussent aussi loin la recherche expressive. Il est des virtuosités plus spectaculaires – plus véloces, plus percutantes –, mais le contralto aborde la voltige avec une hardiesse nouvelle et un sens du panache que nous le lui avons pas toujours connu. Disposer de son propre orchestre – l’Orfeo 55, formation chambriste mais d’une réelle opulence sonore – et pouvoir ainsi contrôler l’accompagnement constitue sans nul doute un avantage, mais encore faut-il savoir diriger et avoir, comme Nathalie Stutzmann, une vision à défendre. Les fruits de la maturité ont décidément une saveur incomparable.

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